LES FORMES DU PARFUM

C’est en traversant une nuit de brouillard dans les rues sombres de Levallois-Perret, et en passant cette porte qui allait changer ma vie, qu’une lumière s’est allumée en moi tout à coup. Je rentre dans une étuve mijotante de ces êtres bouillonnants qui se concentrent sur leur feuille de vélin. Image qui va ensevelir bientôt mon destin et le faire gémir devant moi comme un soleil. Ce n’est seulement que maintenant que je perçois cette route comme un sémaphore, l’avenue du flaconnages de parfumerie. Un univers de couleurs et de senteurs s’ouvraient à moi, alors que je venais de la sueur et de l’huile de l’industrie automobile. Il y a quelque temps, il y a longtemps, il y a plus de quarante ans.

Avec la douceur des yeux d’un chat persan, royal comme un lys, Pierre Dinand a cette très noble pose d’un maître Yip avec sa veste à col Mao. Et bizarrerie de l’étrange, je perçois chez lui un homme aux sensations si fines qu’il sait voir aisément le souffle magique de ce monde. Il ne pouvait souffrir l’extraordinaire, car l’équilibre dit-il c’est comme la perfection d’un pendule, ce n’est pas d’aller vite, mais d’être bien réglée et de donner la cadence. Il est l’homme aux 1000 flacons de la planète, et dans ses dessins de fioles si cristalines, il verse les maux d’un monde d’égos qui tourne à l’envers, car certains sont plus égos que d’autres devant le sublime.

Un grand parfum n’est pas l’ouvrage d’un seul homme, il en convient, mais le résultat d’une constante de traditions raffinées et d’abnégation. Il y a dans un vieux flacon plus de mille années d’histoire, et lui qui n’en n’a que 60 seulement de métier, marquera pourtant la parfumerie française pour les mille et une années à venir, cela sera le pays du vol des Mille et une Nuits.

Si vivre, c’est lutter, alors l’humaine énergie de ce créateur m’a ouvert à jamais cette arène rougie par le verre cristallin qui sort des « feeders » des machines IS, un nom barbare, vous en conviendrez, pour mouler ces flasques du plaisir olfactif de la femme. Pierre auparavant viendra paisiblement noircir sa page dans un dessein qui deviendra son dessin. Des illustrations d’une histoire pour notre plaisir, le rêve d’une aurore splendide et lumineuse qui rend notre vie de tous les jours plus supportable. Je salue, Monsieur, vos 90 printemps, mais surtout votre jeunesse qui restera pour moi éternelle. Le souvenir est une rose au parfum discret que l’on arrose avec les larmes du regret de ne pas avoir su connaître mieux avant, alors rencontrons-nous.

Anonymode

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Chez Michael Edwards

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