LA CLAQUE UN MÉTIER !

Selon ce qu’on lui demande et compte-tenu de la pièce, il applaudit tapageusement ou non, s’esclaffe bruyamment ou sanglote discrètement avec émotion. Pour le prix de son enthousiasme forcé ou de son émotion affichée, il touche quelques francs, parfois même ne bénéficie que d’une réduction sur le prix de son billet. Voilà donc la claque dans tous les théâtres de Paname, et plus encore à la Comédie Française, le claqueur y exerce son étrange activité au XVIII siècle.

La claque anime et stimule les acteurs, réchauffe le public engourdi, souligne les plus beaux passages des ouvrages dramatiques. Honoré de Balzac, en revanche, n’apprécie guère les claqueurs, il ne voit dans cette corporation que des requins au bordel des avortons qui se soulagent au pied de l’Himalaya, des entrepreneurs de maçonnerie écrasés par leur bâtisse, et qui foisonnent sur les grands boulevards de Paris, comme les filles de mauvaise vie.

Pourtant, aucun théâtre ne peut se passer des services d’une claque bien organisée, surtout au cours des premières semaines de représentation. Et il n’y a pas que les directeurs de salles pour se soucier de ces claques indispensables ! Les auteurs dramatiques et les comédiens n’hésitent pas, eux aussi, à mobiliser leur propre claque, gage de leur succès. Mademoiselle George, grande tragédienne de la Comédie Française au début du XIXe siècle paie grassement Pierre Le Blond, un chef de claque redouté, allant jusqu’à lui offrir une épingle de cravate en diamant pour mieux le séduire.

Ah, le chef de claque, cheville ouvrière du système ! Consciencieux, il assiste aux répétitions et note scrupuleusement les passages à ovationner, les bons mots à ponctuer d’un rire ou les répliques à souligner dans un murmure approbateur, à tel point qu’on se croirait au conseil d’administration de LVMH. Ensuite, muni de son petit carnet couvert de consignes, il donne ses ordres aux troupes qui vont se répandre dans la salle et tenter d’entraîner l’adhésion du public.

Mais, il arrive parfois que les spectateurs, les vrais, ne partagent pas l’opinion mercenaire de la claque… La salle est divisée ; les claques d’un côté, le public de l’autre, les insultes fusent, et on en vient aux mains. La police souvent appelée en renfort doit intervenir. Elle fait sortir les siffleurs car ce sont eux les perturbateurs. On se demande bien de quoi vient se mêler ce public ! Aujourdh’ui les claqueurs se font claqueuses, transformées en influenceuses de mode, elles claquent avec leur portable, et distribuent les bons et les mauvais points en fonction des cadeaux reçus par les marques. Finalement, le monde depuis le XVII siècle n’a pas beaucoup changé.

Anonymode

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