UN METRO NOMMÉ DÉSIR

Je me souviens encore de l’odeur sèche des poussières métalliques du métropolitain. En ce temps là, il ne sentait ni la miction, ni l’huile de McDo. Je revois les paillettes de silex sur les marches des escaliers, brillantes comme des étoiles les jours de pluie. Je me remémore le poinçonneur à la mine triste assis sur sa drôle de petite boîte et rêvant à des contrées lointaines, il faisait un petit trou dans le billet et ses confettis se cachant sous sa veste finissaient au lilas dans son appartement. S’il m’avait donné sa poinçonneuse, j’aurais bien fait des petits trous dans les marches des escaliers pour voir ce qui se cachait derrière les étoiles les jours de pluie.

L’attente du train sur le quai était souvent raccourcie par une barre de chocolat convoitée dans cette boîte en argent qui me rappelait le coffre aux secrets de ma sœur ; un distributeur automate que je voyais comme un robot imaginant à l’intérieur un homme de petite taille distribuant les friandises seulement aux enfants sages… Enfin, arrivant dans un grand bruit, comme l’armée de Gengis Khan qui déferlerait de ce trou noir du bout du quai, comme un dragon tout flamme dehors de couleurs vertes et rouges, avec à sa tête un conducteur impassible qui ressemblait avec son béret à mon voisin de pallier.

Les portes s’ouvraient avec un chuintement profond en expulsant l’air comprimé, on m’apprenait à me ranger sur le bord du quai, à l’écart des portes pour que les voyageurs puissent descendre aisément, puis nous montions dans le wagon. Le meilleur de celui-ci était en tête. Là, je pouvais observer le barreur de ce vaisseau fantastique celui qui, comme par magie, fermait les portes d’un seul bouton, dans un claquement sec des loquets qui retombaient dans leur logement métallique.

Nous étions assis sur des banquettes en bois. Il y en avait de deux sortes: celles formées par des petits tasseaux parallèles comme les bancs publics dans les jardins et d’autres tout lisse et tout brillant. C’était des toboggans magnifiques, mais ils m’étaient interdits d’y glisser. Une petite gesticulation discrète sur les fesses me permettait de mesurer l’horrible interdiction. Les tunnels noirs étaient ponctués de petites ampoules qui donnaient des halos jaunes en guirlandes, et des affiches posées à intervalle régulier vantaient une marque d’apéritif : « Dubon – Dubo – Dubonnet ». Je m’amusais à les compter.

Il arrivait qu’on me dise : « Laisse ta place à la dame » et là, je devais me lever pour laisser ce toboggan si convoité par une vieille femme qui voulait elle aussi glisser. Mais, voici déjà la station suivante et le ballet des voyageurs, les affiches colorées des réclames sur les murs blancs venaient à nouveau changer mon univers comme un voyage extraordinaire, tout cela dans une désorganisation organisée des passagers…

Le soir, dans le coton silencieux de la nuit, lové entre les pattes de mon nounours en peluche, je lui racontais mes aventures souterraines du train qui s’arrête à chaque nom barbare, un train paisible qui m’apprenait les Grands Hommes, (Franklin Roosevelt, Alexandre Dumas, Cambronne…) et bien d’autres… Chaque nom était mémorisé pour le chercher le soir dans le dictionnaire, et c’était comme une illumination de mes méninges neuves, éducation de tous les jours, mais surtout me laissant le souvenir d’un temps où prendre le métro était un voyage au centre de l’univers. (Pour Chantal Roos et Maie-Ange Horlaville)

Anonymode

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